La machine infernale

La machine infernale - Tommie Steen

Je m’étais inscrite dans une troupe de théâtre d’amateurs. J’avais suivi des cours d’art dramatique à l’école, et mon déménagement dans ce quartier avait été l’occasion de rencontrer des passionnés de théâtre. C’était mon épicier qui, le premier, m’avait informé de sa participation active de comédien dans la prochaine pièce qui serait montée par la troupe dont il faisait partie. C’était La Machine Infernale de Cocteau. Le sujet en est le fameux mythe d’Œdipe. Repris par le grand dramaturge, le thème est réactualisé et la mise en scène pouvait être très moderne. J’avais hâte de les voir jouer, comme je le fis remarquer à mon épicier. Il me proposa de prendre un des petits rôles de la pièce qui était encore à pourvoir. Mon enthousiasme grandit encore, quand j’entendis cela et je lui affirmais que je serais présente à la prochaine répétition. Je possédais un texte de cette pièce, quelque part, au fond de mes cartons.

Je n’étais arrivée que depuis une semaine, que je trouvais déjà une activité intéressante à partager avec de nouvelles connaissances. Je n’aurais pu espérer mieux pour m’intégrer dans la vie du quartier ! Toute contente, je postais un message sur la page que je possède sur un réseau social. Mon ancienne colocataire exprima immédiatement son envie de venir le jour de la représentation. Une amie avec qui j’ai fait de la danse classique pendant longtemps, manifesta le même désir. Quelques jours plus tard, alors que je n’avais pas encore fait mes premiers pas sur les planches de la scène, une vingtaine de mes contacts me faisaient la même demande. Cela me motiva encore plus.

J’avais aussi réussi à rencontrer un nouveau conseiller financier qui m’avait été recommandé par mon frère. Mon installation était récente, mais je commençais déjà à prendre mes marques. Alors que je sortais de mon appartement, un matin, une de mes voisines m’interpella. Elle jouait dans la pièce, et elle me proposait de partir avec moi à la prochaine répétition. Nous nous sommes retrouvées en bas de l’immeuble le vendredi suivant.

Elle me montra les masques inspirés de la Commedia Dell’arte qu’elle emportait. Ils servaient à divers exercices d’échauffement. J’étais en admiration devant leurs rubans, leurs peintures rouges et dorées, les dentelles noires qui en bordaient certains. Lorsque, sur scène, je mis celui d’Arlequin, je me sentis transformée, j’oubliais tout ce qui m’entourait, et je pris beaucoup de plaisir à jouer. Je n’oublierai jamais cette première soirée de répétition.